Václav Havel

Vaclav Havel

Une voix (et quelle voix ! belle, grave, chaude) s’est tue ?

Non : elle résonnera toujours dans l’Histoire !

 

Václav Havel m’appelait madame Aubova, « la femme de l’Aube » en tchèque. Nous avons commencé à le publier quand il a été, une fois de plus, envoyé en prison pour avoir célébré le vingtième anniversaire de l’immolation par le feu de Jan Palach.

Il s’agissait de son étonnant Interrogatoire à distance, un livre d’entretiens personnels et politiques sur l’occupation soviétique et la sortie possible du communisme. C’était en 1989, juste avant la révolution de Velours.

Homme de théâtre issu d’une grande famille culturelle de Prague, Havel s’est toujours considéré comme contraint à faire de la politique. C’est pour cela qu’il se retrouve dissident avec la Charte 77, leader de la révolution en 1989… et président de la République tchécoslovaque en 1990 !

Il mettait plus haut que tout la culture, les valeurs morales, la fidélité, le désintérêt. Quand il devient président de la République (1990/2003), il promet : «  Je m’engage à ne jamais mentir, sauf peut-être par omission si j’y suis vraiment obligé. »

Nous avons publié 9 livres de lui et nous préparions une anthologie de ses textes politiques quand il est mort, le 18 décembre 2011. Toujours avec notre ami, son traducteur Jan Rubes. Grâce à Havel, je suis partie à Prague pour la première fois le 30 novembre 1989 ; le lendemain éclatait la révolution de Velours, et comme un million de Pragois, j’ai agité mes clés sous le balcon de la place Venceslas où se trouvait… mon auteur !

A peine le temps de découvrir Prague, la ville magique, depuis l’appartement de Václav et Olga. Olga, sa première épouse, la récipiendaire des fabuleuses Lettres à Olga, écrites pendant les 4 années de détention du futur président.

Prague, où je suis retournée avec François Mitterrand puis avec Jacques Chirac : tant que Havel fut président de la République, les présidents français me voulurent de leurs voyages !

Depuis, j’ai rencontré Václav Havel plusieurs fois. J’avais beaucoup d’affection pour cet homme qui sut rester si simple en écrivant l’histoire. Il pensait que la chute du communisme n’était que prémisse de la chute de toutes les sociétés réduites à leur fonctionnement économique. La culture, la nature, l’humain devaient pour lui redevenir premiers. Le présent ne lui donne que trop raison.

Marion Hennebert, éditrice